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Gaslight Weekly, vol 01 #005

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from La Nature : revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l'industrie,
No 976 (1892-fev-13), pp172~74


from Scientific American,
Vol 66, no 17 (1892-apr-23) p262

LA JEUNE FILLE « ÉLECTRIQUE »
ET LES LOIS DE L'ÉQUILIBRE

par Dr Z

THE "ELECTRIC GIRL".

      « L'électricité est un agent mystérieux, donc tout ce qui est mystérieux est électrique. » Telle est la logique des masses, observe avec juste raison M. Nelson W. Perry dans un article où il expose les procédés, en somme assez grossiers, employés dans une exhibition faite récemment, à Londres et à Paris, d'une jeune fille dite magnétique ou électrique, possédant, au dire du barnum qui la présente, une force surnaturelle, inexplicable et inconnue, alors qu'il s'agit de simples applications des principes élémentaires des lois de la mécanique, chapitre de l'équilibre.

      "Electricity is a mysterious agent, therefore everything mysterious is electric." Such is the logic of the masses, rightly observes Mr. Nelson W. Perry in an article in which he exposes the somewhat crude processes employed in an exhibition made recently, at Paris and London, of a girl called "magnetic" or "electric," and possessing, according to her manager, an inexplicable and unknown supernatural power, although it is a question of a simple application of the elementary principles of the laws of mechanics, chapter of equilibrium.

      Cette logique des masses a déjà donné naissance aux courroies électriques, aux brosses à cheveux, aux brosses à dents électriques, au tripoli électrique, et jusqu'à la reliure électrique. A cette logique des masses, celle du savant répond, presque sous la même forme, — c'est M. Perry qui parle: — « Toutes les vaches ont des queues, mais tous les animaux ayant des queues ne sont pas des vaches. » La conclusion, c'est que la jeune fille électrique n'a d'électrique que le nom ; si les exercices auxquels elle se livre provoquent l'étonnement d'une certaine partie du public, c'est que ce public n'est pas, à distance, en situation d'observer les artifices employés dans chacun de ces exercices, et d'en trouver l'explication naturelle dans les lois connues de la mécanique. Nous nous proposons d'indiquer ici un certain nombre de ces artifices et de mentionner quelques unes de ces expériences en utilisant les renseignements fournis par M. Nelson Perry, ainsi que ceux résultant de nos observations personnelles.

      This logic of the masses has already given birth to electric belts, hair brushes, tooth brushes, tripoli and book covers. To this logic of the masses, the logic of the scientist responds, almost under the same form: "All cows have tails, but all animals possessing tails are not cows." The conclusion is that the "electric" girl is electric only in name. If the exercises that she performs provoke the astonishment of a certain portion of the community, it is because the spectators are not, at a distance, in a situation to observe the artifices employed in each of the exercises, or to find a natural explanation of them in the known laws of mechanics. We propose to point out here a certain number of such artifices and to describe a few of the experiments, utilizing for this purpose the data furnished by Mr. Perry, as well as those resulting from our own observations.

      C'est en 1885 que commencèrent les premiers exercices du genre de ceux dont nous voulons entretenir nos lecteurs : ils furent présentés par Lulu Hurst, de Géorgie, et firent l'objet d'une description du professeur Simon Newcomb dans Science du 6 février 1885. Le succès de ces exercices, alors inexpliqués, fut prodigieux, et Lulu Hurst ne tarda pas à rencontrer de nombreuses imitatrices; miss Abbott, de Londres, miss Abbett, de Paris, sont les plus récentes et, croyons-nous, les premières en Europe : elles font les mêmes exercices, elles ont même considérablement perfectionné et varié les expériences de leur initiatrice Lulu Hurst. Tous ces exercices tendent à un même but : faire croire à une force surnaturelle et incompréhensible, électrique ou magnétique, en mettant en lutte ou en opposition, dans des conditions égales ou équivalentes en apparence, des athlètes ou des hommes très robustes, et une jeune fille frêle et délicate qui triomphe d'eux dans chacune de ces expériences.

      The first exercises of the kind under consideration date back to 1883. They were presented by Lulu Hurst, of Georgia, and were the subject of a description by Prof. Simon Newcomb published in Science, Feb. 6, 1885. The success of those exercises, then unexplained, was prodigious, and Lulu Hurst soon had many imitators.

      Miss Abbott, of London, and Miss Abbett, of Paris, are, we believe, the most recent and the first in Europe. They give the same exhibition and have even greatly improved upon and varied the experiments of their initiatrice Lulu Hurst. All these exercises tend to the same end, i.e., to make it believed that there is a supernatural and incomprehensible force, electric or magnetic, by putting in opposition, under equivalent or apparently equivalent conditions, athletes or very robust men and a frail or delicate little girl, who triumphs over them in every experiment.

      L'une d'elles consiste à faire tenir horizontalement, à un ou plusieurs hommes, un bâton ou une queue de billard, les bras élevés au-dessus de la tête, comme le représente la figure 1. En exerçant une poussée avec une seule main, la jeune fille fait reculer les deux ou trois hommes qui, en équilibre instable et sous faction oblique de la poussée exercée, sont obligés de reculer pour ne pas tomber en arrière. Cette première expérience est trop élémentaire et trop enfantine pour qu'il soit nécessaire d'insister. Pour la vraisemblance et l'unité de grandeur des personnages, le dessinateur a supposé la petite fille juchée sur une estrade dans cette première expérience. Dans les expériences auxquelles nous avons assisté, cette estrade est rendue inutile par le fait que la jeune fille qui les répète est d'une bonne taille moyenne, suffisante pour atteindre le bâton en allongeant le bras et en se dressant sur la pointe des pieds.

      Voici une deuxième expérience plus complexe et moins facilement explicable au premier abord.

      One of the experiments consists in having a man or several men hold a cane or a billiard cue horizontally above the head, as show in Fig. 1. On pushing with one hand, the girl forces back two or three men, who, in unstable equilibrium and under the oblique action of the thrust exerted, are obliged to fall back. This first experiment is so elementary and infantine that it is not necessary to dwell upon it. In order to show the relative sizes of the persons, the artist has supposed the little girl to be standing upon a platform in the first experiment, but in the experiments that we witnesses this platform was rendered useless by the fact that the girl who performed them was of sufficient height to reach the cue by extending her arms and standing on tiptoes. Next we have a second and more complex experiment, less easily explained at first sight.

figure 1

      Deux hommes (fig. 2) prennent un solide bâton d'environ 1m,20 de longueur et doivent le maintenir solidement dans une position verticale. La jeune fille place sa main ouverte contre le bout inférieur du bâton, dans la position représentée, et les deux hommes sont invités à faire glisser le bâton verticalement dans la main de la jeune fille, ce qu'ils ne parviennent pas à accomplir, malgré leurs efforts consciencieux et réitérés.

      Two men (Fig. 2) take a stick about three feet in length, and are asked to hold it firmly in a vertical position. The girl places her open hand against the lower end of the stick, in the position shown, and the two men are invited to make the latter slide vertically in the girl's hand, which they are unable to do, despite their conscientious and oft-repeated attempts.

figure 2

      Voici comment M. Nelson Perry explique cet exercice. Les deux hommes sont invités à se placer parallèlement l'un à l'autre, par côté, et la jeune fille, en face, dispose la paume de sa main contre le bâton, la paume tournée vers elle-même. Elle a soin de placer sa main aussi loin que possible de celles des deux hommes, de façon à se donner un certain bras de levier. Elle commence alors à faire glisser sa main le long du bâton, légèrement d'abord, puis avec une pression croissante, comme si elle voulait améliorer et assurer le contact entre le bâton et sa main. Elle l'écarte ainsi de la perpendiculaire et invite les deux hommes à le maintenir vertical, ce qu'ils font dans des conditions très désavantageuses, eu égard aux différences de longueur des bras du levier. L'effort exercé par la jeune fille est très faible parce que, d'une part, elle a le bras de levier pour elle, et que, d'autre part, l'action sur son bras est une simple traction. Lorsqu'elle sent que la pression exercée est assez grande, elle dit aux hommes d'exercer un effort vertical aussi grand que possible pour faire descendre le bâton. Ils s'imaginent alors exercer une force verticale considérable, tandis qu'en réalité, leurs efforts sont horizontaux et tendent à maintenir le bâton dans la position verticale pour réagir contre la pression exercée à la partie inférieure du bâton. Il y a bien évidemment une certaine composante verticale qui tend à faire descendre le bâton, mais la pression latérale produit un frottement suffisant entre la main et le bâton pour supporter cette force verticale sans difficulté. M. Perry a fait l'expérience en se plaçant sur une balance à ressort et en prenant le rôle de la jeune fille, avec deux hommes très robustes comme adversaires. Tous les efforts faits pour faire glisser le bâton dans la main ouverte ont échoué, et l'excès de poids dû à la force verticale est toujours resté inférieur à 12 kilogrammes, malgré les efforts très sérieux et très sincères des deux hommes qui, à leur insu, exerçaient leurs efforts dans une direction horizontale.

      Mr. Perry explains this exercise as follows: The two men are requested to place themselves parallel with each other, and the girl, who stands opposite them, places the palm of her hand against the stick and turned toward her. She takes care to place her hand as far as possible from the hands of the two men, so as to give herself a certain leverage. She then begins to slide her hand along the stick, gently at first, and then with an increasing pressure, as if she wished to better the contact between the stick and her hand. She thus moves it from the perpendicular and asks the two men to hold it in a vertical position.

      This they do under very disadvantageous conditions, seeing the difference in length of the arms of the lever. The stress exerted by the girl is very feeble, because, on the one hand, she has the lever arm to herself, and, on the other, the action upon her lever arm is a simple traction. When she feels that the pressure exerted is great enough, she directs the two men to exert a vertical stress strong enough to cause the stick to descend. They then imagine that they are exerting a vertical stress, while in reality their stresses are horizontal and tend to keep the stick in a vertical position in order to react against the pressure exerted at the lower part of the stick.

      There is evidently a certain vertical component that tends to cause the stick to descend, but the lateral pressure produces a sufficient friction between the hand and the stick to support this vertical force without difficulty. Mr. Perry performed the experiment by placing himself upon a spring balance and assuming the role of the girl, with two very strong men as adversaries. All the efforts made to cause the stick to slide in the open hand failed, and the excess of weight due to the vertical force always remained less than twenty-five pounds, despite the very determined and sincere stresses of the two men, who, unbeknown to themselves, were exerting their strength in a horizontal direction.

      Dans l'expérience représentée figure 3, et qui rappelle assez bien la première (fig. 1), les deux hommes sont invités à maintenir le bâton rigide et immobile, mais il suffit de la plus légère pression sur l'extrémité pour déplacer le bras et le corps du sujet. Cette pression est tout d'abord exercée légèrement et les efforts graduellement augmentés; puis, tout d'un coup lorsque la force exercée horizontalement est la plus grande possible, et que les hommes font leurs efforts dans une direction opposée pour y résister, la jeune fille cesse brusquement cette force sans prévenir et l'exerce en sens inverse. Non préparés à ce changement, les victimes perdent l'équilibre et se trouvent à la merci de la faible fille, d'autant plus que les victimes sont plus vigoureuses et que leurs efforts sont plus grands. L'expérience réussit encore mieux avec trois hommes qu'avec deux un seul.

      In the experiment represented in Fig. 3, and which recalls to mind the first one (Fig.1), the two men are requested to hold the stick firmly and immovable, but the slightest pressure upon the extremity suffices to move the arms and body of the subject. Such pressure in the first place is exerted but slightly, and the stresses are gradually increased. Then, all at once, when the force exerted horizontally is as great as possible, and the men are exerting their strength in the opposite direction in order to resist it, the girl abruptly ceases the pressure without warning and exerts it in the opposite direction. Unprepared for this change, the victims lose their equilibrium and find themselves at the mercy of the little girl, and so much the more so in proportion as they are stronger and their efforts are greater. The experiment succeeds still better with three than with two men, or than with one man.

figure 3

      Dans l'expérience représentée figure 4, où il s'agit de soulever facilement et sans effort un homme très lourd, le truc est non moins simple. Sur cent personnes soumises à l'expérience, quatre-vingt-dix-neuf, sachant que l'expérimentateur veut les soulever et les faire tomber en avant, saisissent le fond de la chaise ou les bras du fauteuil et, en s'efforçant de résister, font porter tout le poids de leur corps sur leurs pieds. S'ils ne le font pas dès le premier instant, ils arrivent à le faire lorsqu'il sont conscience des efforts faits par la jeune fille pour soulever le siège, et ils y aident inconsciemment. L'expérimentateur n'a donc besoin que d'exercer une poussée horizontale, sans produire aucun soulèvement, et cette poussée horizontale est facilitée en prenant les genoux pour points d'appui, de ses coudes. Dès qu'un petit mouvement est obtenu, le plus dur est fait, car il suffit qu'elle cesse d'exercer ses efforts pour que la chaise retombe ou reçoive un mouvement latéral d'un côté ou de l'autre. En tout cas, l'équilibre est détruit, et il suffit d'un peu d'habileté avant que l'équilibre ne soit rétabli pour faire déplacer le sujet dans toutes les directions sans grande dépense d'énergie. La difficulté n'est pas accrue en mettant deux hommes ou même trois hommes sur les genoux l'un de l'autre, comme le représente la figure 4, car dans ce dernier cas, le troisième agit comme un véritable contrepoids au premier, et le système ressemble assez bien à un appareil à équilibre instable dont le centre de gravité est très élevé, et, par suite d'autant plus facile à mouvoir.

      In the experiment represented in Fig. 4, where it concerns the easy lifting of a very heavy person, the trick is no less simple. Out of a hundred persons submitted to the experiment, ninety-nine, knowing that the experimenter wishes to lift them and cause them to fall forward, grasp the seat or arms of the chair, and, in endeavouring to resist, make the whole weight of their body bear upon the feet. If they do not do so at the first instant, they do so when they are conscious of the attempts made by the girl to raise the seat, and they help therein unconsciously. The experimenter, therefore needs only to exert a horizontal thrust, without doing any lifting, and such horizontal thrust is facilitated by taking the knees as points of support for her elbows. As soon as a slight movement is effected, the hardest part of the work is over, for it is only necessary for the girl to cease to exert her stresses in order to have the chair fall back or move laterally in one direction or the other. At all events, the equilibrium is destroyed, and, before it is established again, it requires but little dexterity to move the subject about in all directions without a great expenditure of energy. The difficulty is not increased on seating two men, or three men, upon each other's knees (as shown in Fig. 4), since, in the latter case, the third acts as a true counterpoise to the first, and the whole pretty well resembles an apparatus of unstable equilibrium, whose center of gravity is very high and, consequently, so much the more easily displaced.

figure 4

      Toutes ces expériences demandent un peu d'habileté et d'exercices, mais ne présentent aucune difficulté, et ne méritent pas, à tout prendre, les articles dithyrambiques qui ont valu à la jeune fille « électrique » ou « magnétique » sa réputation européenne. Dr Z.

      All these exercises require some little skill and practice, but are attended with no difficulty, and, upon the whole, do not merit the enthusiastic articles that have given the "electric" or "magnetic" girl her European reputation. — La Nature.


(THE END)